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Extraits de lettres de soldats

Les élèves de 3e du collège Lamartine lisent de slettres de soldats © Benoît Moyen / Ville de Houilles

À l'occasion des commémorations du 11 novembre, les élèves de 3e du collège Lamartine ont lu des extraits de lettres de soldats.

Chaque année, le 11 novembre, date anniversaire de l’armistice de 1918, marque l’hommage officiel aux victimes de la Première Guerre mondiale. Ce temps de recueillement vise à transmettre la mémoire, à favoriser la compréhension de notre histoire nationale commune et son appropriation par les jeunes générations. Le 11 novembre 2014, les Ovillois étaient invités à se joindre à la cérémonie, parc Charles-de-Gaulle, qui était présidée par le maire de Houilles en présence des élus, des associations d’anciens combattants et des représentants des autorités civiles et militaires.

Départ du cortège devant l'hôtel de ville. (Agrandir l'image). © Benoît Moyen / Ville de Houilles

Dans le cadre du centenaire de la grande Guerre, le 11 novembre, date anniversaire de l'armistice de 1918, a donné lieu à une cérémonie particulièrement émouvante dans le parc Charles-de-Gaulle. (Agrandir l'image). © Benoît Moyen / Ville de Houilles

Monument aux morts dans le parc Charles-de-Gaulle (Agrandir l'image). © Benoît Moyen / Ville de Houilles

Le Maire de Houilles dépose une gerbe au pied du monument aux morts du parc Charles-de-Gaulle (Agrandir l'image). © Benoît Moyen / Ville de Houilles

Les marins et les sapeurs-pompiers présents à la cérémonie du 11 novembre dans le parc Charles-de-Gaulle (Agrandir l'image). © Benoît Moyen / Ville de Houilles

Moment de recueillement devant le monument aux morts du parc Charles-de-Gaulle (Agrandir l'image). © Benoît Moyen / Ville de Houilles

Dans le cadre du centenaire de la grande Guerre, le 11 novembre, date anniversaire de l'armistice de 1918, a donné lieu à une cérémonie particulièrement émouvante dans le parc Charles-de-Gaulle. (Agrandir l'image). © Benoît Moyen / Ville de Houilles

Dans le cadre du centenaire de la grande Guerre, le 11 novembre, date anniversaire de l'armistice de 1918, a donné lieu à une cérémonie particulièrement émouvante dans le parc Charles-de-Gaulle. (Agrandir l'image). © Benoît Moyen / Ville de Houilles

Dans le cadre du centenaire de la grande Guerre, le 11 novembre, date anniversaire de l'armistice de 1918, a donné lieu à une cérémonie particulièrement émouvante dans le parc Charles-de-Gaulle. (Agrandir l'image). © Benoît Moyen / Ville de Houilles

Lettres de soldats lues lors des commémorations du 11 novembre par des élèves de 3e du collège Lamartine

« Kantorek, pendant les leçons de gymnastique, nous fit des discours jusqu’à ce que notre classe toute entière se rendît, en rang, sous sa conduite, au bureau de recrutement, pour demander à s’engager. Je le vois encore devant moi, avec ses lunettes qui jetaient des étincelles, tandis qu’il nous regardait et qu’il disait d’une voix pathétique : "Vous y allez tous, n’est-ce pas, camarades ?" »

« Il y eu des milliers de Kantorek, qui, tous étaient convaincus d’agir pour le mieux - d’une manière commode pour eux... Ils auraient dû être pour nos dix-huit ans des médiateurs et des guides nous conduisant à la maturité, nous ouvrant le monde du travail, du devoir, de la culture et du progrès - préparant l’avenir.  »

« Or, le premier mort que nous vîmes anéantit cette croyance. Nous dûmes reconnaître que notre âge était plus honnête que le leur.  »

« Ainsi voilà ce qu’ils pensent, voilà ce qu’ils pensent, les cent mille Kantoreks ! Jeunesse de fer. Jeunesse ? Aucun de nous n’a plus de vingt ans. Mais quant à être jeune ! Quant à la jeunesse ! Tout cela est fini depuis longtemps. Nous sommes de vieilles gens.  »

« Nous devînmes durs, méfiants, impitoyables, vindicatifs, brutes, et ce fut une bonne chose, car justement ces qualités-là nous manquaient. Si l’on nous eût envoyés dans les tranchées sans cette période de formation, la plupart d’entre nous seraient sans doute devenus fous.  »

« Franz Kemmerich, au bain, avait l’air petit et mince comme un enfant et voici que maintenant il est là étendu, et pourquoi cela ? On devrait conduire le monde entier devant ce lit en disant : Voici Franz Kemmerich, âgé de dix-neuf ans et demi, il ne veut pas mourir, ne le laisser pas mourir.  »

« S’il voulait seulement ouvrir la bouche et crier ! Mais il ne fait que pleurer, la tête penchée sur le côté. Il ne parle pas de sa mère ni de ses frères et sœurs, il ne dit rien ; sans doute que tout cela est déjà loin de lui. Il est maintenant tout seul avec sa petite vie de dix-neuf ans et pleure parce qu’elle le quitte.  »

« Je frémis de rage, en accompagnant l’infirmier. L’homme me regarde et dit : Une opération après l’autre, depuis cinq heure du matin, mon vieux, je te le dis, rien qu’aujourd’hui encore seize décès. Le tien est le dix-septième. À coup sûr, il y en aura bien vingt.  »

« ...on pourrait lire, maintenant, sur chaque visage : Voici le front, nous sommes dans sa zone. Toutefois, ce n’est pas là de la peur. Quant on est allé en première ligne aussi souvent que nous, on est insensible. Seules les jeunes recrues sont impressionnées.  »

« Pour personne, la terre n’aura autant d’importance que pour le soldat. Lorsqu’il se presse contre elle longuement, avec violence, lorsqu’il enfonce profondément en elle son visage et ses membres, dans les affres mortelles du feu, elle est alors son unique amie, son frère, sa mère. Sa peur et ses cris gémissent dans son silence et dans son asile : elle les accueille et de nouveau elle le laisse partir pour dix autres secondes de course et de vie, puis elle le ressaisit - et parfois pour toujours.  »

« Je tourne la tête et une seconde lueur me fait apercevoir la figure de Katczinsky ; il a la bouche grande ouverte et il hurle quelque chose. Je n’entendis rien ; il me secoue, il s’approche. Dans un moment d’accalmie, sa voix me parvient : "Les gaz... gaaaz... gaaaz... Faites passer ! ..." »

« Ces premières minutes avec le masque décident de la vie ou de la mort : le tout est de savoir s’il est imperméable. J’évoque les terribles images de l’hôpital : les gazés qui crachent morceau par morceau, pendant des jours, leurs poumons brûlés.  »

« Ma tête ronfle et résonne sous le masque. Elle est sur le point d’éclater. Les poumons sont très gênés. Ils n’ont, pour respirer que le même air brûlant et déjà utilisé. Les veines des tempes se gonflent. On croit qu’on va étouffer...  »

« Il remue les yeux. Il est trop faible pour répondre. Nous coupons son pantalon avec précaution. Il gémit. "Du calme, du calme, çà va aller mieux..." »

« S’il a été touché au ventre, il ne faut pas qu’il boive. Il n’a pas vomi, c’est de bon augure. Nous mettons sa hanche à nu. L’articulation est atteinte. Ce garçon ne pourra plus marcher.  »

« Le jeune homme aura de la peine à supporter le transport et c’est tout au plus s’il peut encore vivre quelques jours. Tout ce qu’il a souffert jusqu’à présent n’est rien à côté de ce qu’il lui reste à souffrir avant qu’il meure. Maintenant il est encore engourdi et il ne sent rien. Dans une heure, ce sera un paquet hurlant de souffrances intolérables.  »

« Monotones sont les avertissements et monotone coule la pluie. Elle coule sur nos têtes et sur les têtes des cadavres de l’avant, sur le corps du petit soldat dont la blessure est beaucoup trop grande pour sa hanche. Elle coule sur la tombe de Kemmerich, elle coule sur nos cœurs.  »

« Nous avions dix-huit ans et nous commencions à aimer le monde et l’existence ; voilà qu’il nous a fallu faire feu là-dessus. Le premier obus qui est tombé nous a frappés au cœur. Nous n’avons plus aucun goût pour l’effort, l’activité et le progrès. Nous n’y croyons plus ; nous ne croyons qu’à la guerre.  »

Erich Maria Remarque, À l’ouest rien de nouveau , 1929.

Extraits lus par Bordan, Habby, Agathe, Lea, Rémy, Nadjirou, Clara, Gwenaelle, Loola, Ondine et Noé, élèves de la classe de 3e C avec le concours de leur professeur de français Mme Inès Friha, et de leur professeur d’histoire-géographie Mme Alix De La Taille.

« Il est neuf heures et demie. Je viens de prendre ma faction; il fait du soleil, et il gèle ferme. Je suis d'humeur aussi satisfaisante que je puis l'être puisque j'ai pu écrire et que les lettres ne vont certainement pas tarder à arriver. (…)  Mais, en levant les yeux, j'aperçois les corbeaux, la croix, et les percutants sifflent très haut, et se suivent sans relâche. Alors les images de la guerre m'empoignent et je revois l'horrible boucherie, la route de Montmirail à Reims, je respire encore la puanteur des champs couverts de débris et de charogne, je vois les faces noires, charbonnées, des cadavres amoncelés dans toutes les positions(...). À chaque obus que j'entends éclater, j'éprouve malgré moi une impression de terreur religieuse. Il me semble (...) entendre des pères, des femmes, des enfants qui pleurent sur toute la terre, il me semble que la Mort pénètre (…) dans un intérieur que je me représente paisible et doux, pour leur annoncer triomphalement, à tous ces visages angoissés qui se tournent vers elle avec épouvante : pour leur annoncer qu'à cette heure un malheureux est mort sur la terre – c'est un fils, un frère, un père. Malheureux eux-mêmes ! Car la joie des autres sera leur douleur, et le printemps prochain pour eux sera sans fleurs, foyers vides aux soirées des hivers prochains ! Quel Noël pour tant de pauvres enfants et de parents ! La vie n'est-elle pas assez malheureuse ! Et avec leurs douleurs, il faudra que des malheureux peinent pour faire vivre et élever leurs enfants ! Qu'est-ce que c'est un Allemand, un Français ! Des milliers de familles, à chaque heure, sont sous la menace  et malgré tout ce qui s'y oppose en moi, il me vient par moments des accès de foi en un Dieu qui seul pourra venger d'une vengeance digne ces atrocités humaines.   »

Étienne Tanty, in Paroles de poilus , dirigé par Jean-Pierre Guéno et Yves Laplume, coédition Radio-France et Librio (2004)

« Bordeaux, 61, cours d'Espagne.

29 septembre 1914

Mon cher petit Henri,

Elles m'ont enfin montré la lettre où tu parlais de la disparition de Jacques. Pourquoi ne pas me l'avoir dit tout de suite, il est mal de ne pas faire savoir, tout de suite, tout ce qu'on sait. J'espère de tout mon cœur qu'il est prisonnier ; nous faisons toutes les recherches possibles, mais pour toute réponse, il faut des siècles. Certes, il est affreux d'être prisonnier, pourtant si j'étais sûre qu'il n'est que cela, combien je respirais. Je pourrais tâcher, par Claudel qui est ici, de le mettre en rapport avec quelque personnage influent qui pourrait améliorer sa situation. Il sait un peu d'allemand, cela peut être très important pour lui. Mais que je sache au moins où il est, s'il vit encore, que je vois une ligne de son écriture ! Mon cher petit Henri, prie pour lui, toi aussi, comme nous prions pour toi. Nous avons des nouvelles de Marc, du 22, il va bien, il était nu-pieds, il a changé une pipe contre des souliers tout neufs. Il est content et confiant. Mon cœur se partage entre vous trois, je ne sais lequel protéger le plus de ma tendresse, je ne sais lequel en a le plus besoin au moment où je pense à vous. Que Dieu vous garde, mes bien-aimés et vous ramène vainqueurs. Jacquine va bien, elle t'envoie un baiser et fait dire "Viens vite !".

Je t'embrasse de tout mon cœur.

Ta petite sœur.

Isabelle   »

Isabelle Rivière, sœur d'Alain-Fournier, écrivain français mort en 1914, auteur du Grand Meaulnes . In 14-18 Lettres d'écrivains , édition Belin-Gallimard (2008).

Extraits de lettres d'Étienne Tanty lus par Alexis et lettre d'Isabelle Rivière lue par Éliane, tous les deux élèves de la classe de 3e B, avec le concours de leur professeur de français, Mme Anne Le Devendec.